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1.1: Notre pays le Rwanda

Le Rwanda est un pays de collines, de montagnes, de forêts et de lacs, d’enfants souriants, de marchés bondés, de tambours, de danseurs, d’artisans et d’ouvriers.  Nos 26.338 km2 desservent les huit millions d'habitants sur les milles collines.  Notre terre est riche et fertile, le climat est agréable.  Ceci a été notre demeure pendant des siècles.  Nous sommes un seul peuple.  Nous parlons une même langue.  Nous avons une même histoire.

Récemment, cependant, le génocide a jeté l'opprobre dans notre vie et nous a désunis.  Ce chapitre représente une période amère de nos vies, mais chacun d’entre nous doit en garder la mémoire d'abord pour ceux que nous avons perdus, ensuite en vue de construire un meilleur avenir.

Ceci concerne notre passé et notre avenir;
Nos cauchemars et nos bons rêves;
Notre peur et notre espoir;

Aussi commençons-nous par la fin…
Avec notre pays que nous aimons…

ílégendes aux photosý Portraits du Rwanda
íAjouter des photos du Rwanda 1900-2000ý

1 .2 Périodes colonialesa

Nous n’avons pas choisi d’être colonisés.  Les Allemands arrivèrent les premiers (1895-1916).  Pendant la première guerre mondiale, le pays fut occupé par les troupes belges.  En 1923, la Belgique a obtenu le mandat de la Société des Nations de gouverner le Rwanda-Urundi.  Indirect quant à la forme, l'administration belge a instauré un pouvoir colonial jusqu'à notre indépendance.

Les éléments suivants ont marqué leur présence ici.  Le christianisme fut intégré dans notre société, l’école et la médecine se sont développées, ainsi que les infrastructures.  De même des marchés d’exportation de notre production furent ouverts.

Malheureusement, nous n’avons pas partagé de moments ensemble.  Au début, nous avons essayé de résister à l'influence du colonialisme, en luttant contre les premiers allemands en 1875.  Mais la puissance coloniale a été forte et son influence très importante.

L’identité primaire de tous les Rwandais était associée auparavant à dix-huit clans différents.  Les catégories Hutu, Tutsi et Twa constituaient des classifications socio-économiques présentes dans différents clans, et ces catégories pouvaient changer avec les circonstances personnelles.  Sous la période coloniale, ces distinctions devinrent de nature raciale, particulièrement avec l’introduction de la carte d’identité en 1932.  En créant ces distinctions, le pouvoir colonial a identifié et pour de bon, une personne qui possédait dix vaches en 1932 comme un Tutsi; une personne avec moins de dix vaches  comme un Hutu.  Il devait en être ainsi de sa descendance

Nous avions vécu en paix pendant des siècles, mais à présent la division entre nous avait commencé…

Photo principale: [photo prise de face] Les explorateurs européens et les anthropologues disaient que les Tutsi provenaient d’une race de la vallée du Nil.  Selon ces théories, connues sous le nom d’idéologie ‘Hamite’, les Tutsi ressemblaient plus aux blancs Européens.

[Photo de famille - 100 nuits] Le Major Declerq, représentant militaire belge, était invité en 1919 avec sa famille par le Roi Yuhi V Musinga.  Le roi Musinga fut détrôné par force suite à sa résistance à la puissance coloniale, et il fut remplacé par son fils, Mutara III Rudahigwa, en 1931.

[Photo] Le Roi Baudouin de Belgique accueilli par le Roi Mutara III Rudahigwa (1931-1959) qui travailla au début en étroite coopération avec les colonisateurs.  Sa consécration du Rwanda au Christ en 1946 a facilité aux autorités belges de modeler le Rwanda selon les valeurs européennes et celles de l’Eglise.

[Photo d’école avec les prêtres durant le milieu de la classe scolaire] L’Eglise catholique a influencé l’éducation au Rwanda.  L’enseignement véhiculait de plus en plus l’idéologie ‘Hamite’ raciste, largement acceptée par l’Eglise.  L’idéologie Hamite décrivait les Tutsis comme une race supérieure.

[image montrant une carte d’identité (image 28) ou quelques formes de divisions entre les tribus]
Les autorités belges ont introduit la carte d’identité en 1932, fixant arbitrairement les Rwandais à 15 % de la population comme Tutsi, 84 % Hutu et 1 % de Twa.  Une identité forcée commença à déterminer l'opportunité d'un individu dans le Rwanda modelé par la Belgique.

[Photo d’individus dans la vie professionnelle] En 1957 alors que presque tous les chefs et sous-chefs étaient Tutsis, uniquement une minorité des Tutsis profitait de ce statut élevé; c'était généralement eux, et non les Hutus, qui obtenaient des positions privilégiées.

[Image d’un prêtre lisant avec un enfant de choeur au premier plan]  Sous la tutelle et le patronage de Monseigneur Perraudin, Gitera a écrit les “Dix commandements des Bahutu”, qui furent les précurseurs des “Dix Commandements du pouvoir Hutu”, publiés par Kangura en décembre 1990.

[prêtres en pique-nique]  Les prêtres de Kicukiro prennent une pause après le travail.  L’Eglise Catholique était la religion prédominante pendant ce temps.

 

1.3 Société divisée

En 1959 le Roi Rudahigwa mourait; des massacres de Tutsi furent dans la suite organisée.

Des milliers de Tutsis furent tués, d’autres fuyèrent dans les Etats voisins.

En 1961, se sont tenues des élections.  Le premier gouvernement eut pour Premier Ministre Grégoire Kayibanda, fondateur du Parmehutu, le mouvement pour l’émancipation des Hutu.

Un an plus tard, le Rwanda accédait à l' indépendance.

Le Rwanda devenait un Etat fort centralisé, répressif, avec un système à parti unique.

Le régime était caractérisé par la persécution et la représsion ethnique des Tutsis.  En plus des divisions ethniques, le régime Kayibanda créa des divisions régionales qui aboutirent  au coup d’état mené par le Général Major Juvénal Habyarimana en 1973.

 [photos des massacres ] Massacre des Tutsis.  [1963, 1966, 1967]  La notion d’ennemi interne se développa pendant cette période.  Le mot ‘Inyenzi’, signifiant ‘cafard’, était utilisé dans le sens de salir la population Tutsi.

 [photo] Grégoire Kayibanda
"Les communautés Hutu et Tutsi sont deux nations dans un seul Etat.  Deux Nations qui n'ont ni de rapport ni de sympathie entre elles, qui sont ignorantes de leurs habitudes, de leurs pensées et des émotions de chacune d'entre elles comme si elles étaient des habitants de différentes zones ou de différentes planètes."

 [Image d’Habyarimana ] Juvénal Habyarimana redéfinit et codifia les politiques fascistes de Kayibanda.  Le Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement (MNRD) était l'unique parti politique, et Habyarimana déclarait que tous les Rwandais en étaient membres.

 [Une fille ramassant des grains de café]  L’aide financière pour le développement en provenance de l’Ouest s'est établie pour dix ans.  Puis, en 1986, les prix du café chutèrent.  Alors que l’économie se détériorait, l’élite Hutu au pouvoir – l’Akazu – contrôlait les richesses présentes et le pouvoir politique.

 [ photo de mine d’étain ] Dans les années 1980, il existait trois sources principales pour les fonds publics: le café, l’étain et l’aide étrangère.  Les mines d’étain s’effondrèrent et avec la chute du café, il y eut un débat politique au sein de l'élite visant le maintien de l'aide étrangère.

[ Habyarimana et Mitterand ] L’aide renforçait la division et la persécution, aussi les donateurs internationaux commençaient donc à exiger des justifications financières et démocratiques.  Suivant le Sommet de la Baule organisé par  François Mitterrand et la pression du Front Patriotique Rwandais en 1990, Habyarimana déclara l'introduction du multipartisme.

La plupart des nouveaux partis politiques formés par la suite ont créé des ailes extrémistes.  Le CDR était un parti fondamentalement Hutu extrémiste.

[ interahamwe ] Le MRND d’Habyarimana était tenu responsable de l’établissement de l’Interahamwe, une milice des jeunes Hutus dangereux et flamboyants qui ont obtenu une grande popularité.  Soutenant le pouvoir Hutu et les Hutus au détriment des vies Tutsi, leur message était consolidé et véhiculé par un média extrémiste.  Vers 1990, l’idéologie génocidaire du pouvoir Hutu avait été perfectionnée.

1.4 Voie vers la Solution Finale

Plus de 700.000 Tutsis s'étaient exilés de notre pays entre 1959-1973 à la suite de la persécution ethnique soutenue par les colons belges.

Les réfugiés se voyaient refuser le retour, malgré beaucoup d’efforts en vue de le faire pacifiquement. 

Plusieurs d’entre eux rejoignirent alors le Front Patriotique Rwandais (FPR) qui a envahi le Rwanda le 1er octobre 1990.

Une guerre civile s’ensuivait, qui créa les déplacements internes de Rwandais,  beaucoup d'entre eux furent gardés dans des camps de réfugiés internes par le Gouvernement du Rwanda.

Les temps étaient durs.

 [photo] [Image: . Le FPR était résolu à restaurer les droits égaux et l'Etat de droit, ainsi que l'opportunité pour les réfugiés de rentrer.  Habyarimana utilisait la tension pour accroître les divisions dans la population, déclenchant des campagnes de persécution et renforçant la peur parmi le peuple.

La guerre contre la minorité Tutsi était largement infuse, bien que plusieurs Tutsi et opposants Hutus de l'idéologie divisionniste se trouvaient en prison, torturés ou assassinés.

 [ citation ]  “Nous… disons aux Inyenzi [cafards] que s’ils lèvent leurs têtes encore, il ne sera plus nécessaire d'aller combattre l' ennemi dans la brousse.
Nous…commencerons par éliminer l'ennemi intérieur…ils disparaîtront.”

 [photo des massacres ] Le génocide devenait meurtrier.  Les massacres des Tutsis se déroulèrent en Octobre 1990, Janvier 1991, Février 1991, Mars 1992, Août 1992, Janvier 1993, mars 1993 et Février 1994.  Aucun des massacres ne constituait un déclenchement spontané de la violence.  Malgré qu'il était au courant de toutes ces atrocités, le Gouvernement Français continuait de soutenir le régime Habyarimana.  Les soldats français ont participé dans l'identification des Tutsis pour le compte du Gouvernement.

 

Panel 1.5: La Propagande

Une forte campagne de propagande commençait, afin de persuader et obliger la majorité de la population à se convaincre du bien fondé de considérer leurs compatriotes, leurs voisins, même leurs propres familles comme des ennemis, et à se méfier d’eux.
Pendant le génocide, la Radio Télévision Libre des Milles Collines a été utilisée pour inciter à la haine, donner des instructions et légitimer les tueries.
La population était forcée d'accepter et de se joindre au plan d'attaque avant qu'il ne soit trop tard.

[Tableau de montage de Kangura ] Au début de décembre 1990, Kangura publia les “Dix Commandements Hutu”, qui disaient qu’un Hutu s’associant ou entretenant un business avec les voisins et amis Tutsis était un traître.

 [Tableau entier ] “Les Dix Commandements des Bahutus”, publiés dans le Kangura, décembre 1990.

 [Bande dessinée] “Inyenzi, éminents Inkotanyi [grands combattants] partons!  Nous venons vivre par la force avec ceux que nous avons complètement pillés.”
Le Kangura, juillet 1993, dépeint Paul Kagamé dirigeant le FPR vers les cercueils des Hutus.  Le terme Inyenzi, signifiant ‘cafard’, était le terme utilisé par les radicaux Hutus pour déshumaniser les Tutsis.

[bande dessinée] “-Je suis malade docteur!!  -Quelle est ta maladie?! -Les Tutsi… Tutsi… Tutsi.”  Hassan Ngeze dépeint en bande dessinée dans le Rwanda Rushya en janvier 1992.  Le FPR est diabolisé comme contrôlant le processus de paix d’Arusha.  Bande dessinée publiée dans le Courrier du Peuple en mars 1993.

 [ photo ] Ferdinand Nahimana (à gauche), ex-directeur de la Radio Télévision Libre des Milles Collines.  La Radio Télévision Libre des Milles Collines était une station radio diffusant la haine, lancée par les membres du Gouvernement dans le but de véhiculer une propagande de haine.  Elle diffusait un message intensément provocateur.

[ photo ] Plus de vingt journaux et revues incitaient à la haine contre les Tutsis.  Hassan Ngeze était éditeur de Kangura, l’un des principaux journaux de propagande qui suggérait que les Hutus avaient besoin de se préparer eux-mêmes contre les Tutsis, étant donné qu'ils préparaient une guerre qui ne 'laisserait aucun survivant'.

 [Liste des donateurs des plus importants de la RTLM ] Tableau des principaux donateurs qui ont participé à l’établissement de la RTLM.

2. Signes avant-coureurs

        2.1  Processus d’Arusha

En août 1993 le Gouvernement rwandais et le FPR signèrent un accord connu sous le nom des Accords de Paix d'Arusha.

Le Rwanda devait mettre en place un gouvernement de transition menant à un gouvernement démocratiquement élu.

Une force neutre devait être déployée.  Les troupes françaises devaient quitter et laisser place à la MINUAR.  Le FPR et l’armée rwandaise devaient être intégrés, démobilisés et désarmés.  Les réfugiés devaient rentrer et un bataillon du FPR devait être à Kigali.

Habyarimana et ses alliés politiques ne souhaitaient pas que les Accords d’Arusha se réalisent.  Le Gouvernement de transition n'a pas eu lieu.  Habyarimana et ses alliés extrémistes le considéraient comme une soumission au FPR.

Pendant ce temps, le régime Habyarimana concluait l'affaire la plus importante en matière d'armement avec une société française pour 12 millions US$ avec un prêt garanti par le Gouvernement français.
 [Citation ] “Les défenseurs de Droits de l'Homme n'étaient pas dupes.  Nous n'avons jamais pensé que quelqu'un capable de planifier des massacres deviendrait brusquement un démocrate.  Nous voyions ce qui allait se passer.”  Eric Gillet , Avocat Belge
[photo – Table de négociation ]  Des participants négocient les Accords d’Arusha.

 

        2. 2Fuite de la Persecution

Les Tutsis au Rwanda ont commencé à subir plus que jamais des vagues de persécution à partir de 1990.  Les femmes et les hommes Tutsi étaient emprisonnés et torturés.  Des mouvements de massacres s'exécutaient comme des essais de génocide.

La persécution était si extrême que certains Tutsi et Hutu modérés commencèrent à fuir leurs maisons et se réfugier dans les pays voisins.
La persécution, qui n'a suffisamment pas attiré l'attention du monde extérieur, était un premier signe de ce qui allait arriver.

 

2.3 Presse étrangère

(Nous connaissons les dates d’articles et les journaux dans lesquels ils étaient publiés mais nous avons pas le texte encore. Prenez-le du Monde & du Standard )                                   

 

2.4 ‘Jean Pierre’

Le 10 janvier 1994, un informateur dont le nom de code est ‘Jean Pierre’, qui était un ancien membre de la garde présidentielle, s'est présenté avec une information.

Il raconta au Colonel Luc Marchal des Nations Unies que 1,700 Interahamwe avaient été entraînés dans les camps de l'Armée rwandaise à raison de 300 personnes par semaine.  Il informa Marchal que son supérieur politique était Mathieu Ngirumpatse, qui était le président du MRND, parti du président Habyarimana.

Il informa que les Interahamwe enregistraient tous les Tutsi de Kigali pour un plan d’extermination, qui tuerait jusqu’à 1.000 personnes  toutes les 20 minutes.
‘Jean-Pierre’ estimait que le Président avait perdu le contrôle des extrémistes.

Il était disposé à prévenir des dangers du Pouvoir Hutu et à le déclarer à la presse s'il pouvait avoir en échange sa sécurité garantie.  La MINUAR n'a pas été en mesure de garantir sa protection.

‘Jean-Pierre’ a disparu.

Son sort est resté inconnu.

[photo: Les casques bleues Belges]  ‘Jean-Pierre’ décrit un plan pour tuer des casques bleues belges en vue de contraindre les Nations Unies à se retirer.

[photo – armes] ‘Jean-Pierre’ était prêt à donner la localisation des cachettes d’armes secrètes en échange d'une protection des Nations Unies.

[photo] Des Interahamwe pendant l’entraînement.

Câbles à New York

Chef de la MINUAR, le Lt Général Roméo Dallaire, s'était attendu à ce que la pacification au Rwanda soit une opération relativement directe.

Le 11 janvier 1994, Dallaire a écrit un fax à New York, pour informer le conseiller militaire du Secrétaire Général et les membres du Bureau de Maintien de la Paix de la présence de l'informateur et de l'information qu'il avait.

Le fax a causé l'alarme, mais surtout en raison de la saisie d'armes que Dallaire avait proposée.

Aucune action n'a été prise en réponse au fax.

“Aucune reconnaissance ou autre action, y compris la réponse à la demande de protection, ne devaient être prises par la MINUAR avant que des instructions claires ne soient reçues du QG.” 
De Annan à Booh-Booh.
Photo: Fax de Dallaire
Photo: Dallaire tenant sa tête dans ses épaules 

Photo: L’immeuble de l'ONU

‘Quelque chose d'Enorme...’

Hassan Ngeze (CDR) a écrit deux articles dans Kangura, prédisant que le Président Habyarimana  mourrait en mars 1994.

Des nouvelles de "quelque chose d'énorme" devant arriver circulaient dans la communauté des services secrets et dans la presse nationale et la RTLM.

Alors le 6 avril 1994, le Président Juvénal Habyarimana et le Président Cyprien Ntaryamira du Burundi survolaient Kigali, quand à 20:23 heures, l’avion fut abattu dans son approche de l’aéroport de Kigali.

Vers 21:15 des barrières avaient été érigées à travers la ville de Kigali et des maisons étaient entrain d'être fouillées.

Dans une heure, les tirs ont commencé à être entendus.

…les listes des personnes à tuer avaient été préparées à l’avance…

[photo Bagasora] A Arusha en janvier 1993, Bagasora avait déclaré qu'il rentrait chez lui pour planifier une "apocalypse".

[photo ] Les débris de l’avion de Habyarimana qui s’est écrasé dans la cour de son palais.

Zone 3

3.1 ‘Apocalypse’

Le génocide fut immédiat.

Les barrages routiers ont apparu brusquement directement à travers la ville avec la milice armée ayant une intention – identifier et tuer les Tutsis.

En même temps, des Interahamwe commencèrent à fouiller de maison en maison.  Les personnes sur les listes des morts furent les premières à être visitées et assassinées chez eux.

Les auteurs avaient promis une apocalpyse et l’opération qui s'ensuivit fut une frénésie dévastatrice de violence, de tueries sanguinaires et sans pitié.

Les meurtriers utilisèrent des machettes, des massues, des fusils, et n’importe quel outil émoussé qu’ils pouvaient trouver pour infliger autant de souffrance que possible à leurs victimes.

Ce fut un génocide dès le  premier jour.

 

Aucun Tutsi ne fut épargné.

[à l’intérieur du tableau]

Les femmes étaient battues, violées, humiliées, abusées et finalement tuées, souvent sous les yeux de leur propre famille.

Les enfants regardaient pendant que leurs parents étaient torturés, frappés et tués sous leurs yeux, avant que leurs propres petits corps ne soient découpés, écrasés, abusés, pulvérisés et abandonnés.

Les gens âgés, la fierté de la société rwandaise, étaient méprisés, et tués de sang-froid sans pitié.

Les voisins se retournaient contre leurs voisins, des amis contre leurs amis… même les familles contre les membres de leur propre famille.

Le Rwanda était devenu une nation de tueurs brutaux, sadiques, sans pitié et des victimes innocentes, du jour au lendemain.

[photo – Uwiligiyimana ] Avec la mort du Président, le Premier Ministre Agathe Uwiligiyimana était le chef titulaire du pays.  Malgré cela, elle fut exécutée le 7 avril avec son mari, avant qu'elle n’ait pu s’adresser à la nation.

[photo – Jean Kambanda ] Jean Kambanda fut nommé le nouveau Premier Ministre du ‘gouvernement provisoire’.  Dans son premier discours il promit de ‘rétablir l’entendement entre les peuples du Rwanda’ et de ‘garantir la sécurité’.

 

[photo – Forces de maintien de la paix belges]  Les premières annonces à la radio attribuèrent l’assassinat du Président aux Belges.  Le 7 avril, dix soldats belges des forces de maintien de la paix étaient assassinés.  Ceci avait été conçu pour provoquer le retrait des Nations unies.

[Présentation Audio Visuelle ] La première semaine du génocide

[photos: Barrières] Les barrages routiers étaient le mécanisme principal pour contrôler la population. Tous les Tutsi qui essayaient de les franchir étaient humiliés, frappés, mutilés, assassinés, violés et jetés sur le bas-côté de la route. 

[photo: Tueries à Ntarama] Tueries à Ntarama.  Le génocide commença à Kigali, mais se répandit rapidement.  La bonne organisation du gouvernement local, et la chaîne de commandement du gouvernement central, fonctionnèrent efficacement pour assurer l'exécution des instructions.

[photo: une victime Hutu] Les Hutus qui ne se soumettaient pas à l’ordre de tuer étaient menacés de mort.  Un certain nombre de Hutus qui ne partageaient pas l’idéologie du génocide, ainsi que ceux qui essayèrent de protéger les Tutsis, furent persécutés et tués.

3.2 Le Génocide

En 100 jours plus d’un million de personnes ont été assassinées.

Mais les génocidaires n’ont pas tué un million de personnes.  Ils ont tué une personne, puis une autre, puis une autre... jour après jour, heure après heure, minute par minute.  Chaque minute de la journée, quelqu’un, quelque part était assassiné, hurlant pour demander grâce.

N’en recevant aucune.

Et les tueries continuèrent ainsi…

10.000 chaque jour,

400 chaque heure,

7 chaque minute,

Cela représente environ 100 meurtres depuis que vous avez commencé à visiter cette exposition…

Encore 200 meurtres avant que vous ne quittiez le bâtiment...

24 heures par jour

Sans arrêt pendant 100 jours.

3.3 Exécution du génocide

 

Femmes et Enfants

Les femmes et les enfants étaient une cible directe des génocidaires pour le meurtre, le viol et la mutilation.  Les tueurs étaient fermement décidés à ce qu’une nouvelle génération ne ressurgirait plus jamais.

Les femmes Tutsis étaient violées systématiquement et mutilées sexuellement comme une arme de génocide.  Ceci était souvent l’œuvre d’hommes connus comme étant atteints du SIDA.  Par la suite, elles étaient soit tuées ou épargnées pour souffrir une prochaine fois.

Les femmes Hutu de mariages mixtes étaient violées comme punition.

Les femmes et les enfants n’étaient pas seulement des victimes du génocide, mais ils en étaient également des auteurs.  Les enfants étaient fréquemment forcés à participer, souvent en tuant leurs amis ou leurs voisins.

Les victimes étaient parfois forcées de tuer leurs proches juste avant d'être tuées elles-mêmes.

Les femmes Hutu et Tutsi étaient forcées de tuer leurs propres enfants Tutsi.

 

 

Torture

Les génocidaires mutilaient souvent leurs victimes avant de les tuer.

On coupait les tendons des victimes pour les empêcher de s’enfuir; on les attachait et on les frappait.  Elles devaient attendre, sans secours, d’etre frappées avec une massue, violées ou tailladées à la machette.

Les membres de la famille étaient forcés de regarder leurs parents ou leurs enfants torturés, frappés ou tués sous leurs yeux.

Parfois, les victimes étaient jetées vivantes au fond de profondes latrines et des rochers lancés les uns après les autres jusqu’à ce que le silence de la mort recouvre enfin leurs cris déchirants.

A d’autres occasions, un grand nombre de victimes étaient jetées dans des latrines.  Les victimes étaient entassées à mort, parfois sur une profondeur de dix corps superposés.

La mort était devenue une fin douloureuse, agonisante, effrayante et humiliante.

Eglises Et Temples

Un grand nombre de gens couraient vers les églises pour trouver un abri.  Mais les églises n’étaient pas des refuges sûrs.  Les génocidaires se dirigeaient vers les bancs et les autels de l’église et massacraient les gens par milliers.  Les croyants ont perdu leur vie dans des mares de sang dans les allées des églises et des temples.

[Photo: L’église de Ntarama] Ntarama, Bugesera: Pendant que les hommes valides tentaient d’arrêter les génocidaires, les femmes, les enfants et les vieillards de Bugesera fuyaient en direction de l’église.  Des grenades furent jetées dans le bâtiment.  Les victimes stupéfiées furent taillées en pièce ou fusillées.  Des milliers trouvèrent la mort autour de l’église.

[Photo Sainte Famille ] Sainte Famille, Kigali: Une foule de gens effrayés se rassemblait dans la grande église de la Sainte Famille et ses environs.  L’Abbé Wenceslas qui était supposé être un symbole de protection, a collaboré ouvertement avec les groupes de miliciens.  Ceci était à l’inverse de l’Abbé Célestin Hakizimana qui essaya courageusement de sauver autant de personnes qu’il le put.  L’Abbé  Hakizimana présidait le Centre Pastoral St Paul du centre de Kigali, près de la paroisse Sainte Famille, et le Centre devint un refuge pour à peu près 2.000 personnes.

[Photo: Nyange] Nyange: Deux milles fidèles avaient trouvé abri dans l’église quand l’ Abbé Seromba donna l’ordre de démolir le bâtiment au bulldozer.  Il tua ses propres fidèles dans sa propre église.

 [Photo: Nyarubuye ] Nyarubuye, Kibungo: L’église, le couvent et l’école de Nyarubuye furent transformés en un lieu de massacre.  A peu près 20.000 personnes y ont été tuées.

 [Photo: Nyamata] Nyamata, Bugesera : A Nyamata, environ 10,000 personnes ont été tuées dans l’église et ses alentours.  Les femmes étaient violées et abusées systématiquement dans l’église pendant le massacre.

 

3.4 Les Méfaits

Le génocide eut pour résultat la mort de plus d’un million de personnes.

Mais la mort n’en était pas la seule conséquence.

Des dizaines de milliers de personnes avaient été torturées, mutilées et violées; des dizaines de milliers de plus ont souffert de coups de machette, de blessures de balles, de plaies infectées et de la faim. 

L’anarchie etait partout ainsi que le pillage et le chaos.  L’infrastructure était détruite, la possibilité de gouverner démantelée.  Les maisons avaient été démolies, les effets personnels volés.

Il y avait plus de 300,000 orphelins et plus de 85,000 enfants qui étaient chefs de familles, avec des frères et des soeurs et/ou apparentés plus jeunes.

Il y avait des milliers de veuves.  Beaucoup d’entre elles avaient été victimes de viol et d'abus sexuel ou avaient vu leurs propres enfants assassinés.

Beaucoup de familles étaient complètement exterminées; il ne restait personne pour s’en souvenir ou décrire leurs morts.

Les rues étaient jonchées de cadavres.  Les chiens dévoraient la chair pourrie de leurs maîtres.

Le pays sentait la puanteur de la mort.

Le but maléfique des génocidaires avait réussi bien au-delà de tout ce que l’on aurait osé imaginer.

Le Rwanda était mort.

Résistance au Génocide

La résistance au génocide a pris diverses formes.  Le FPR a mené une résistance politique et armée contre le génocide.  Les membres des ailes modérées de différents partis politiques ont fait des appels passionnés à la résistance.  Certaines victimes ont organisé des résistances aux massacres.  Un certain nombre des Hutus et d’autres ont caché des victimes poursuivies, parfois au risque de leur propre vie.

4.1 Réaction Internationale

Les génocidaires contrôlaient le pays.

Alors que le FPR commençait à entrer dans Kigali et engageait le combat avec l’armée rwandaise, tout en essayant de prendre le contrôle et d’arrêter le génocide, les commentateurs décrivaient la crise comme une ‘guerre civile’ ou un ‘conflit ethnique’.

Il n’y avait pas de guerre ethnique.

Mais bien une guerre civile.

Mais le génocide était là et c’était quelque chose de différent..

Le Lt. Gén. Dallaire, commandant de l’ONU, estimait qu’il suffisait de 5,000 troupes avec pour mandat d’assurer la paix pour arrêter le génocide.

Au lieu de cela, la Mission de l’ONU a été rappelée. 

Pas un seul soldat supplémentaire pour le maintien de la paix, ni un seul véhicule blindé de transport de troupes n’arrivèrent au Rwanda avant la victoire du FPR en juillet.

Le monde se retira…

et observa en silence alors que se déroulait le massacre d’un million de gens.

[photo – Dallaire] Le Général Roméo Dallaire, chargé de la Mission des Nations Unies d’Assistance pour le Rwanda (MINUAR).  Dallaire avait télégraphié a New York peu après l’accident de l’avion du Président et déclaré: “Donnez-moi les moyens et je peux faire mieux.”

[Photo l’ONU en session] Le 21 avril, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté une résolution affirmant qu’il était ‘horrifié par la continuation et l’étendue de la violence au Rwanda’, qui avait abouti à la mort de milliers de civils innocents, y compris des femmes et des enfants.  La même réunion a voté la réduction du contingent des forces de la MINUAR à 270 Ghanéens volontaires et a limité son mandat.

(La date de la Résolution était le 21 avril 1994.  La référence de la Résolution est S/RES/912 1994.)

 

4.2

[Photo   [L’Ambassadeur de l’ONU au Rwanda] Le représentant du gouvernement génocidaire garda sa place au Conseil de Sécurité de l’ONU, et il lui fut même possible d’influencer les décisions prises au Conseil et de voter sur les questions concernant le Rwanda.  Il tenait constamment le gouvernement génocidaire au courant des débats et des propositions du Conseil de Sécurité.

[ photo  [Départ des expatriés] Le personnel diplomatique et les employés internationaux quittèrent le pays.  Beaucoup abandonnèrent leurs collègues, leurs employés et amis à la merci des tueurs.  Les dignitaires du régime Habyarimana, auteurs du génocide, furent évacués.  Le nombre des troupes étrangères utilisées pour l’évacuation aurait été suffisant pour arrêter le génocide.

[ photo – Annan et Boutros – Ghali ] Le personnel haut placé à l’ONU se rendit compte que la décision de réduire le contingent des forces n’avait pas été la bonne.

[photo apc’s] Le 17 mai, le Conseil de Sécurité accepta d’établir l’UNAMIR II avec 5.500 hommes et l’autorité d’employer la force.  Les Etats-Unis devaient fournir 50 véhicules blindés de transport de troupes, mais ils prirent plus d’un mois pour arriver en Ouganda.

[ photo/s ONGs] La plupart des Organisations non gouvernementales abandonnèrent le pays.  Quelques-unes restèrent.  Le Comité international de la Croix Rouge (CICR ) et Médecins sans Frontières (MSF) continuèrent des actions humanitaires.  Après deux semaines de conflit, le CICR publia dans un communiqué de presse: “La tragédie humaine au Rwanda est sur une échelle rarement observée par le Comité international de la Croix Rouge.”

Source: Communiqué de Presse, CICR, No. 1772 / 21 Avril 1994

[Photo du FPR en combat à Kigali] La prise de contrôle finale par le FPR de Kigali et du reste du pays mit fin au génocide sans le soutien international.

 

4.3

[photo des images de l’opération ‘Turquoise’ ]  Les seuls soldats qui sont arrivés au Rwanda avant la fin du génocide furent des militaires français pendant l’‘Opération Turquoise’, soit disant pour créer ‘un lieu de refuge’ dans le sud du pays entre les parties en ‘conflit’.

[Autres photo de ‘Turquoise’] La France avait joué un rôle actif en armant et en entraînant les forces armées rwandaises pendant la guerre civile.  Beaucoup de jeunes miliciens considéraient les Français comme des alliés.  ‘L’Opération Turquoise’ aboutit à la création d’une zone hors-danger pour les génocidaires qui fuyaient l’avancée du FPR, et d’une route d’évasion vers le Zaïre.

Les rapports de Bisesero décrivent l’illusion de sécurité créée par les troupes françaises.  Les membres rescapés de la résistance Tutsi sortirent de leurs cachettes pour trouver les génocidaires qui continuaient à tuer en toute impunité.

4.4 “Presque tout le mois d’avril, personne n’avait une minute de repos.  Chaque minute nous nous préparions pour la guerre.”

Innocent Ndamyimana Gisanura

 

Résistance à Bisesero

Les Tutsis à Bisesero venaient de toute la région pour résister.  Aminadabu Birara et Simon Karamaga dirigeaient un grand bataillon d’hommes dans les collines boisées de Bisesero.

“Quand il y avait une attaque, nous poussions de cris aigus en battant des tambours et des bidons.  Après nous avoir attaqués, ils rentraient chez eux le soir et nous nous regroupions et étudions comment les choses évoluaient.  Ils apportaient de lourdes munitions, des lanceurs de grenades, des fusées, des armes antichars… Nous utilisions des pierres et des flèches… Leur plan était de nous faire sortir des montagnes pour pouvoir nous tuer facilement.

Nous avons résisté pendant une semaine, jusqu’à ce qu’enfin ils envoyèrent des éléments de la Garde Présidentielle de Kigali pour nous battre.  Se battre contre des hommes armés est un problème.  Nous étions faibles.”

Innocent Ndamyimana Gisanura

 

When French troops arrived there were still survivors in the hills.  It is reported that they reassured the resistors that it was safe to come out of hiding, then left.  Thinking it was safe, the weak survivors emerged to be slaughtered by the interahamwe.

Quand les troupes françaises arrivèrent, il y avait encore des rescapés dans les collines.  On dit que les Français rassuraient les résistants en leur disant qu’il n’y avait pas de danger à sortir des cachettes, puis ils s’en allèrent.  Croyant qu’il n’y avait pas de danger, les rescapés affaiblis sortirent et furent massacrés par les Interahamwe.

Environ 50,000 Tutsis s’étaient refugiés dans les collines, mais mille seulement ont survécu pour raconter l’histoire de Bisesero.

 

Résistance au Bugesera et ailleurs

“Nous nous sommes battus contre eux.  Nous n’étions pas nombreux, donc nous nous sommes groupés et avons travaillé ensemble.  Nous nous battions avec des arcs, des flèches et des pierres.  Puis nous avons entendu des coups de feu... Nous avons pris la fuite immédiatement en courant.  La plupart des gens se sont enfuis vers l’église de Ntarama et vers des bananeraies.

[Les tueurs ] coupèrent la plantation et attaquèrent l’église.  [Les gens dans l’église] presque tous moururent.”

Tharcisse Mukama

[Photo Ntarama]

Murambi

“Nous nous battions en utilisant des pierres.  Quelques-uns sont morts pendant le combat… Nous utilisions des pierres; ils avaient des armes à feu.  Ils sont partis parce qu’ils ne pouvaient pas nous contenir.. [Puis] un camion arriva plein de miliciens et de soldats.”

Emmanuel Mugenzire

St.André

“Il y avait des personnes âgées qui avaient suivi un entraînement militaire.  Elles se sont défendues et ont tué des Interahamwe.  Finalement, ces derniers  n'avaient plus de balles.  Alors, les Interahamwe sont arrivés avec la Garde Présidentielle.  Ils nous ont dit d’aller nous cacher dans la chapelle... Nous y sommes restés pendant quatre jours.”

Ernest Nsengiyumva

 

4.5 “Il aurait dû protéger ses filles, mais il m’a sauvée.”

Beatha Uwazaninka

Yahaya Nsengiyunva 

Yahaya Nsengiyumva était un musulman qui vivait à Nyamirambo.  Pendant le génocide, on dit qu’il a sauvé la vie à  plus de 30 personnes, qu’il avait protégées ou cachées dans les dépendances de sa maison.

“Les tueurs interahamwe me poursuivaient dans la ruelle.  J’étais sur le point de mourir à tout moment.  J'ai frappé très fort sur la porte de la maison. Elle s’est ouverte immédiatement.  Yahaya me prit par la main, se tenant sur le pas de la porte et il dit au tueur de partir.  Il a cité le Coran: “Si tu sauves une vie, c’est comme si tu sauvais le monde entier.”  Il ne savait pas que c’est aussi un texte juif.

Beatha Uwazaninka

“J’ai dit à l’Interahamwe: “Si tu veux mourir, va à l’intérieur et les mauvais esprits t’avaleront.”

Sula Karuhimbi

Sula Karuhimbi

Sula Karuhimbi a caché et protégé 17 personnes dans sa propre maison et leur a donné à manger de sa récolte.  Elle était une guérisseuse traditionnelle de Musambo, à Gitarama.  Elle était une veuve âgée de soixante-dix ans au moment où elle a caché 17 Tutsis dans un abri qu’elle avait construit pour ses animaux.

“Je ne manquais pas de préparer une grande quantité de nourriture pour [les interahamwe].  Quand ils avaient mangé à leur faim, ils partaient sans entrer dans la maison.”

Sula Karuhimbi

Sula a usé de sa réputation d’être possédée par de mauvais esprits pour effrayer les interahamwe afin qu’ils s’éloignent de chez elle.

“…Elle leur a dit que s’ils pénétraient dans le lieu sacré, ils allaient attirer la colère de Nyabingi… Ils prenaient peur… et ainsi nos vies étaient sauvées pour un autre jour.”

Hassan Habiyakare, Ntongwe, Gitarama

“J’aurais préféré mourir que de verser le sang des innocents.”

Jean-Marie Gisagara

Jean-Marie Vianney Gisagara

Gisagara a fait tout ce qu’il pouvait pour arrêter les massacres.  Il a payé de sa vie… Il était la seule autorité ici à Nyabisindu qui décourageait les gens à se haïr les uns les autres.  Il a donné sa vie pour la paix.

African Rights ‘Tribute to Courage’

Gisagara était le bourgemestre de Nyabisindu.  Il a refusé de soutenir l’idéologie extrémiste des hutus, et quand les miliciens de Gikongoro ont attaqué les Tutsis, il a fait appel à la police communale pour vaincre les interahamwe.

Gisagara fut tué avec onze membres de sa famille.

“Gisagara organisa une réunion des conseillers du secteur, et leur dit de ne pas se laisser influencer par la propagande des extrémistes interahamwe... Il réussit à convaincre les conseillers et à les empêcher de commencer le génocide…” 

Eneas Muberuka

“Il m’a dit qu’il avait creusé une tranchée où il pouvait me cacher.”

Emmanuel Twagirayezu

 

Frodouald Karuhije

Karuhije saved the lives of 14 Tutsis in Gitarama, protecting them for over a month.  He hid refugees in trenches that he dug on his land.  His sister cooked and his 12-year-old niece took the food disguised in a dustbin to the hiding Tutsis.

Frodouald Karuhije

 

“Karuhije a sauvé la vie de 14 Tutsis à Gitarama, les protégeant pendant plus d’un mois.  Il cachait les réfugiés dans des tranchées qu’il creusait sur son terrain.  Sa sœur cuisinait et sa nièce de 12 ans transportait la nourriture camouflée dans une poubelle, aux Tutsis qui y étaient cachés.”

 

“Il avait creusé une tranchée pour se cacher des combattants du FPR, (il croyait qu’ils allaient tuer les Hutu) mais quand les massacres des Tutsis ont commencé, il décida de l’utiliser pour cacher les Tutsis.”

Beatha Mukamurenzi

“Il mit des planches au-dessus, puis des feuilles vertes de bananiers et il recouvrit les feuilles de terre; puis il planta des patates douces sur la tranchée… Personne n’aurait pu imaginer que des gens se cachaient là-dessous.”

Thomas Ngirabakunzi

 

4.6

“C’est un véritable héro; bien qu’il sût qu’il aurait pu perdre sa vie en protégeant les Tutsis, il s’en tint à ses propres convictions.”

Immacule Mukarurangwe

Damas Mutezintare Gisimba 

Damas Gisimba prit presque 400 orphelins, réfugiés et employés dans son orphelinat à Nyamirambo d’avril à juin 1994.  Il a aussi sauvé des gens qui avaient été jetés dans les fosses communes.

 

Avec l’aide de la Croix Rouge Internationale et de l’Adventist Development and Relief Agency, Damas a pu évacuer la plupart de ces gens à la cathédrale Saint Michel.

“Il me manque des mots justes pour exprimer ce que je ressens face à l’action de Gisimba.  Il a protégé plus de 400 vies humaines.  Un amour qui se sacrifie de cette façon est au-delà de mon entendement… Je ne sais si l’on doitl’appeler un geste d’héroïsme ou un geste d’amour.”

Donatha Mukandayisenga

 

4.8

“Il était vraiment très courageux.  Il n’a pas seulement aidé les gens qui étaient dans notre orphelinat mais aussi beaucoup d’autres ailleurs.”

Damas Gisimba

Carl Wilkens

Carl Wilkens était un missionnaire qui travaillait pour ADRA.  Il aidait Gisimba dans son orphelinat et amenait de l’eau pour les orphelins pendant le génocide. Une fois, des interahamwe arrivèrent pour tuer des gens sous sa protection.  Wilkens appela d’urgence la MINUAR, la Croix Rouge et les journalistes.  Il resta pendant tout le génocide pour protéger les gens.

After Gisimba’s departure, the interahamwe invaded the orphanage.  Armed with machetes and guns, they drove their vehicles into the Centre’s courtyard… When the interahamwe arrived, Wilkens was here.

“Après le départ de Gisimba, les interahamwe sont entrés dans l’orphelinat.  Armés de machettes et d’armes à feu, ils ont conduit leurs véhicules jusque dans la cour du Centre….Quand les interahamwe sont arrivés, Wilkens était présent.”

Alphonse Kalisa

Zone 5: Répercussions

5.1. La Crise des réfugiés

Quand le génocide touchait à sa fin, le chaos régnait dans tout le pays.

Les gens fuyaient pour différentes raisons.

Les responsables fuyaient pour éviter d’être capturés par les troupes du FPR qui avançaient.  Les victimes fuyaient vers les zones libérées par le FPR.  Un grand nombre de Hutus fuyaient vers les frontières du Rwanda craignant les tueries de revanche comme leur avait fait croire  la RTLM, ou ils ont été pris en ôtage par les leaders du génocide.

Alors que la population Hutu fuyait, les anciens réfugiés en Ouganda rentraient au pays par les zones libérées par le FPR.  Des millions de personnes étaient déplacés à l'intérieur du pays à cause du génocide et de l’insécurité générale.

Des camps de réfugiés avaient été mis en place au Burundi, en Tanzanie, en Ouganda et au Zaïre.  Le nombre de réfugiés se chiffrait à plus de 2.000,000.

On estimait que plus des deux tiers de la population du Rwanda était déplacée, fuyant par culpabilité, par peur ou confusion ou gardée en otage.

Les réfugiés s’organisaient eux-mêmes dans les camps le long de la frontière rwandaise, suivant leur préfecture, leur commune et leursecteur antérieur.  Ceci était le même système qui avait propagé la violence pendant le génocide.  Les membres du MRND retenaient le contrôle des camps.

Les partis politiques génocidaires usaient de persuasion et d’intimidation dans les camps pour empêcher les réfugiés de rentrer chez eux, afin de recruter des combattants et organiser le financement d’opérations contre le Rwanda.

La Croix Rouge à Goma, 1994.  Beaucoup d’agences d’aide humanitaire et d’organisations de presse se trompèrent, prenant les camps de réfugiés comme représentant la seule crise.  Les rescapés laissés au Rwanda étaient oubliés.

 

5.2 Les Rescapés

Recherche

Un grand nombre de victimes avaient été arraché à leurs familles et ne savaient pas si ceux-ci étaient encore en vie ou pas.  Quelques-uns étaient les seuls survivants de leur famille directe, et ne savaient pas si des parents plus éloignés étaient encore en vie.

Des enfants avaient perdu leurs parents.

Des parents séparés de leurs enfants, les croyaient morts, mais espéraient encore.

Beaucoup d’entre eux ne s’attendaient pas à retrouver des rescapés.

Beaucoup n'en ont pas trouvé. 

Des listes de recherche de familles comme celle-ci étaient établies pour les rescapés et d’autres, pour essayer de localiser les familles et les amis après le génocide.

A la fin de 1994, 37,000 enfants non accompagnés avaient été inscrits sur les listes organisées par le CICR en collaboration avec le HCR, l’UNICEF et des organisations non gouvernementales.

Veuves et veufs

Les génocidaires avaient eu l’intention de tuer toute la population Tutsi.  Ils n’ont pas réussi. 

Après le génocide, on estime que le Rwanda comptait environ 100,000 veufs et veuves du génocide. 

Cinq ans après le génocide, plus d’un tiers de toutes les familles des rescapés du pays étaient encore dirigées par une femme, sans aucun homme adulte.

 

Orphelins

Beaucoup de parents avaient été séparés de leurs familles.  Des centaines de milliers d’enfants étaient orphelins.

On créa rapidement des orphelinats pour venir en aide au grand nombre d’enfants vulnérables qui venaient de vivre les pires excès du comportement humain.

Beaucoup de rescapés offrirent de prendre les orphelins chez eux, car ils auraient souhaité que quelqu’un fasse la même chose si leurs propres enfants étaient devenus orphelins.

Ce n’est pas atypique de trouver des maisons avec de grands nombres de jeunes qui habitent avec des parents éloignés ou des personnes complètement étrangères.

 

5.3 Conséquences à long terme

 

 

SIDA / VIH

Beaucoup de femmes furent violées brutalement et à plusieurs reprises, souvent par des hommes qui étaient connus comme séropositifs. Ces armes du génocide ont eu des conséquences dévastatrices pour beaucoup de femmes qui ont développé la maladie.

On compte au moins 500,000 femmes qui ont été victimes de viol au cours du génocide et dans les camps des réfugiés où les Rwandais furent entraînés par les génocidaires en fuite.

Des survivantes sont mortes des conséquences du SIDA ou vivent sous son influence débilitante.

Les médicaments anti-retro viraux n’ont pas encore été rendus disponibles de façon opportune et suffisante pour sauver des vies.  Les planificateurs du génocide qui sont séropositifs et les auteurs des viols ont, cependant, eu accès aux médicaments viraux à Arusha.

 

Enterrer les morts avec dignité 

De grands nombres de cadavres ont été trouvés dans des fosses communes peu profondes, dans des latrines ou simplement couchés, à ciel ouvert.

Dans beaucoup de cas, il n’y a eu aucun membre rescapé dans une famille, aucun moyen d’identification, et beaucoup de fosses communes restent à découvrir.

Les frais d’exhumation, d’identification et du ré-enterrement étaient aussi hors de portée pour beaucoup de pauvres rescapés vivant bien en dessous du seuil de subsistance.  Dix ans après le génocide, des fosses communes sont encore découvertes quotidiennement, et les exhumations publiques et les enterrements continuent.

 

Trauma

Le soutien post-traumatique a été insignifiant, vu le grand nombre de personnes qui ont été témoins de la mort de nombreux membres de leur famille proche.  

La provision d’un soutien psychologique, physique et émotionnel pour les victimes traumatisées a été presque impossible à garantir à cause du nombre de rescapés et des priorités d’utilisation des ressources.

Beaucoup de survivants sont jeunes et garderont le trauma de leur enfance tout le reste de leur vie – et probablement dans la vie de leurs descendants.

5.4 La Justice

Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda

Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) fut établi en novembre 1995, basé à Arusha, en Tanzanie.  Après presque une décennie de travail, 81 actes d’accusation ont été intentés.  Dix-sept des personnes accusées ont été condamnées.  Une personne a été acquittée.

Jean Kambanda au banc des accusés.  Le TPIR juge les principaux architectes du génocide des Tutsis.

Théoneste Bagasora à Arusha.  Bagasora était Chef de Cabinet au Ministère de la Défense au début du génocide.  Cerveau présumé du génocide, il a fourni les armes et coordonné les Interahamwe.

Le 2 septembre 1998, Jean-Paul Akayesu, ancien Bourgmestre de la Commune Taba, devint la première personne à être condamnée par un tribunal pénal international pour le crime de génocide, ainsi que pour viol en tant que crime contre l’humanité.

 

Les Tribunaux Rwandais.

La majorité des inculpations revenait au système de droit national rwandais.  En 1996, le Rwanda a voté une loi spécifiquement pour punir les crimes de génocide.  Pour ce faire, il a été préalablement mis fin à la réserve sur les crimes de génocide émise par le Rwanda lors de la signature de la Convention Internationale sur le génocide.  Fin 2001, les tribunaux rwandais ont jugé 7,331 accusés de génocide, dont 6,500 ont été condamnés.

Gacaca

Malgré ceci, il est devenu évident que le système classique de justice aurait besoin de 100 ans pour pouvoir juger le nombre de procès.

 

Dans le but de résoudre cette impasse, le gouvernement a fait appel au système traditionnel Gacaca, modernisé pour incorporer les normes contemporaines de la jurisprudence.

 

Les tribunaux locaux Gacaca – signifiant ‘Justice sur l’herbe’ – combinent la justice locale traditionnelle et la jurisprudence moderne.

Des juges au travail: le Gacaca s’est développé à l’origine pour résoudre des conflits et des délits dans la communauté.  Son adaptation pour juger les génocidaires en fait un procédé unique de justice post-génocide.

A sa fin, Gacaca aura été le processus le plus approfondi qui soit pour juger les présumés génocidaires.  Plus de 100,000 détenus sont poursuivis pour des crimes de génocide.  Ils vont comparaître devant les tribunaux Gacaca.

 

 

          5.5 Faire face au Passé

 

 

La Mémoire

 

Presque tous les coins du Rwanda ont été touchés par le génocide d’une façon ou d’une autre.

 

Rien qu’à Kigali, il y avait des milliers de fosses communes et de barrages routiers.

 

Beaucoup de familles comptent un des leurs qui a été soit une victime, soit un criminel, soit un collaborateur.

 

Les génocidaires firent en sorte qu’autant de personnes que possible soient impliquées.

 

Il nous est impossible d’oublier le passé.

 

Il est aussi extrêmement douloureux de s’en souvenir.

 

Nous nous souvenons des victimes du passé, parce qu’elles étaient des membres de nos familles et nos amis;

 

…Ils devraient être encore parmi nous.

 

Nous nous souvenons aussi des événements du passé,

 

…C’est un avertissement terrible et inévitable pour notre avenir si nous ne prenons pas des mesures décisives pour éviter que cela ne se répète une fois de plus.

Education

 

L’éducation est devenue notre voie pour l’avenir.

 

Les principaux sites mémoriaux ont tous développés des programmes d’éducation pour s’assurer que les générations à venir comprennent les erreurs de leurs aïeux, afin qu’ils aient la possibilité de réfléchir à leurs propres valeurs et actions.

 

Nous avons besoin d’apprendre notre passé…

 

…Nous devons  aussi en tirer des leçons.

 Réconciliation

 

Le Rwanda est résolu à travailler en vue de la réconciliation.

 

Premièrement nous devons assumer notre passé, pour rendre réalisable la réconciliation.

 

Les victimes ont besoin de se sentir en sécurité.

 

Les criminels doivent faire face à la justice.

S’engager dans une discussion ouverte et honnête sur le passé, se mettre d’accord sur lui, l’assumer… voilà des principes de base pour assurer la confiance et la vie commune.

 

Il a fallu deux générations pour détruire la confiance.

 

Il faudra au moins la même période pour la rétablir dans notre société.

La confiance ne sera pas précipitée.

 

Les bases sont maintenant posées.